Partager l'article ! Le dessein de Dieu (Part 1): Lumen Gentium 2-5 Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes 2 Le ...
Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes
2 Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l'univers ; il a décidé
d'élever les hommes à la communion de sa vie divine ; après leur chute en Adam, il ne les a pas abandonnés, leur apportant sans cesse les secours salutaires, en considération du Christ
rédempteur, "qui est l'image du Dieu invisible, premier-né de toute la création" (Col 1,15). Tous ceux qu'il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les "a distingués et prédestinés à
reproduire l'image de son Fils pour qu'il soit le premier-né parmi une multitude de frères" (Rm 8,29). Et tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les appeler à former la sainte Eglise qui,
annoncée en figure dès l'origine du monde, merveilleusement préparée dans l'histoire du peuple d'Israël et dans l'ancienne Alliance(1), établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s'est
manifestée grâce à l'effusion de l'Esprit-Saint et, au terme des siècles, se consommera dans la gloire. Alors, comme on peut le lire dans les saints Pères, tous les justes depuis Adam, "depuis
Abel le juste jusqu'au dernier élu"(2) se trouveront rassemblés auprès du Père dans l'Eglise universelle.
Notes:
(1) Cf. S. Cyprianus, Epist. 64, 4: PL 3, 1O17 ; CSEL (Hartel) III B, p. 72O. - S. Hilarius Pict. in Mt 23: PL 9, 1047. St Augustini, passim. S. Cyrilluys Alex. Glaph. in Gn 2,10: PG 69,
110 A.
(2) Cf. S. Gregorius M. Hom. in Evang. 19, 1 :: PL 76, 1154 B. S; Augustinus, Serm. 341, 9, 11: PL 39, 1499 s. S. Damascenus, Adv. Iconocl. 11: PG 96, 1357.
La mission du Fils
3 Ainsi le Fils vint, envoyé par le Père qui nous avait choisis en lui avant la création du monde et prédestinés à une adoption
filiale, selon son libre dessein de tout rassembler en lui (cf. Ep 1,4-5 1,10). C'est pourquoi le Christ, pour accomplir la volonté du Père, inaugura le royaume des cieux sur la terre, nous
révéla son mystère et, par son obéissance, effectua la Rédemption. L'Eglise, qui est le règne de Dieu déjà mystérieusement présent, opère dans le monde, par la puissance de Dieu, sa croissance
visible .Commencement et développement que signifient le sang et l'eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié (cf. Jn 19,34) et que prophétisent les paroles du Seigneur disant de sa mort en
croix: "Pour moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tous les hommes" (Jn 12,32 grec). Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé (1Co
5,7) se célèbre sur l'autel, l'oeuvre de notre Rédemption s'opère. En même temps, par le sacrement du pain eucharistique, est représentée et réalisée l'unité des fidèles qui, dans le Christ,
forment un seul corps (cf. 1Co 10,17). A cette union avec le Christ, qui est la lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés.
L'Esprit qui sanctifie l'Eglise
4 Une fois achevée l'oeuvre que le Père avait chargé son Fils d'accomplir sur la terre (cf. Jn 17,4), le jour de Pentecôte,
l'Esprit-Saint fut envoyé qui devait sanctifier l'Eglise en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l'unique esprit, l'accès auprès du Père (cf. Ep 2,18). C'est lui,
l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissante pour la vie éternelle (cf. Jn 4,14; 7,38-39), par qui le Père donne la vie aux hommes que le péché avait fait mourir, en attendant de ressusciter
dans le Christ leur corps mortel (cf. Rm 8,10-11). L'Esprit habite dans l'Eglise et dans le coeur des fidèles comme dans un temple (cf. 1Co 3,16; 6,19), en eux il prie et atteste leur condition
de fils de Dieu par adoption (cf. Ga 4,6; Rm 8,15-16 8,26).Cette Eglise qu'il introduit dans la vérité tout entière (cf. Jn 16,13), et à laquelle il assure l'unité dans la communion et le
service, il l'équipe et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques , il l'orne de ses fruits (cf. Ep 4,11-12; 1Co 12,4; Ga 5,22). Par la vertu de l'Evangile, il
rajeunit l'Eglise et il la renouvelle sans cesse, l'acheminant à l'union parfaite avec son époux(3). L'Esprit et l'Epouse, en effet, disent au Seigneur Jésus: "Viens" (cf. Ap 22,17).
Ainsi l'Eglise universelle apparaît comme un "peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint"(4).
Notes:
(3) Cf. S Irenaus, Adv. Haer. III, 24, 1 ;; PG 7, 966 B ; harvey 2, 131 ; Sagnard, Sources Chr. p. 398.
(4) S. Cyprianus, De Orat. Dom. 23: PL 4, 553 ; CSEL (Hartel) III A, p. 285. St Augustinus, Serm. 71, 20, 33: PL 38, 463 s. S. Damascenus, Adv.Iconocl. 12: PG 96, 1358 D.
Le royaume de Dieu
5 Le mystère de l'Eglise sainte se manifeste en sa fondation. En effet, le Seigneur Jésus donna naissance à son Eglise en prêchant
l'heureuse nouvelle, l'avènement du règne de Dieu promis dans les Ecritures depuis des siècles: "que les temps sont accomplis et que le royaume de Dieu est là"(Mc 1,15 cf. Mt 4,17). Ce royaume ,
il brille aux yeux des hommes dans la parole, les oeuvres et la présence du Christ. La parole de Dieu est en effet comparée à une semence qu'on sème dans un champ (Mc 44,14): ceux qui l'écoutent
avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ (Lc 12,32) ont accueilli son royaume lui-même ; puis, par sa propre vertu, la semence germe et croît jusqu'au temps de la moisson (cf. Mc
4,26-29). Les miracles de Jésus apportent également la preuve que le royaume est déjà venu sur la terre: "si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le royaume de Dieu
est arrivé parmi vous" (Lc 11,20 cf. Mt 12,28). Avant tout cependant, le royaume se manifeste dans la personne même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, venu "pour servir et donner sa vie
en rançon d'une multitude" (Mc 10,45)...
Et quand Jésus, ayant souffert pour les hommes la mort de la croix, fut ressuscité, il apparut que Dieu l'avait fait Seigneur, Christ et Prêtre pour l'éternité (cf. Ac 2,36 He 5,6 7,17-21), et il répandit sur ses disciples l'Esprit promis par le Père (cf. Ac 2,33). Aussi l'Eglise, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit mission d'annoncer le royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant de ce royaume le germe et le commencement sur la terre. Cependant, tandis que peu à peu elle s'accroît, elle-même aspire à l'achèvement de ce royaume, espérant de toutes ses forces et appelant de ses voeux l'heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi.
La Nouvelle Alliance et le Peuple nouveau
9 A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice (cf. Ac
10,35).Cependant il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu au contraire en faire un peuple qui le connaîtrait
selon la vérité et le servirait dans la sainteté. C'est pourquoi il s'est choisi le peuple d'Israël pour être son peuple avec qui il a fait alliance et qu'il a progressivement instruit, se
manifestant, lui-même et son dessein, dans l'histoire de ce peuple et se le consacrant. Tout cela cependant n'était que pour préparer et figurer l'Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue
dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait apportée par le Verbe de Dieu lui-même, fait chair. "Voici venir des jours, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d'Israël et la
maison de Juda une Alliance Nouvelle ... Je mettrai ma foi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur coeur. Alors, je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Tous me connaîtront du plus
petit jusqu'au plus grand, dit le Seigneur" (Jr 31,31-34). Cette alliance nouvelle, le Christ l'a instituée: c'est la Nouvelle Alliance dans son sang (cf. 1Co 11,25), il appelle la
foule des hommes de parmi les Juifs et de parmi les Gentils, pour former un tout selon la chair mais dans l'Esprit et devenir le nouveau peuple de Dieu. Ceux, en effet, qui croient au Christ, qui
sont "re-nés" non d'un germe corruptible mais du germe incorruptible qui est la parole du Dieu vivant (cf. 1P 1,23),non de la chair, mais de l'eau et de l'Esprit-Saint (cf. Jn 3,5-6), ceux-là
deviennent ainsi finalement "une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis, ceux qui autrefois n'étaient pas un peuple étant maintenant le peuple de Dieu"
(1P 2,9-10).
Ce peuple messianique a pour chef le Christ, "livré pour nos péchés, ressuscité pour notre justification" (Rm 4,25 possesseur désormais du Nom qui est au-dessus de tout nom et glorieusement
régnant dans les cieux. La condition de ce peuple, c'est la dignité et la liberté des fils de Dieu, dans le coeur de qui, comme dans un temple, habite l'Esprit-Saint. Sa loi c'est le commandement
nouveau d'aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13,34). Sa destinée enfin, c'est le royaume de Dieu, inauguré sur la terre par Dieu même, qui doit se dilater encore plus loin
jusqu'à ce que à la fin des siècles, il reçoive enfin de Dieu son achèvement, lorsque le Christ notre vie sera apparu (cf. Col 3,4) et que "la création elle-même sera affranchie de l'esclavage de
la corruption pour connaître la glorieuse liberté des enfants de Dieu" (Rm 8,21). C'est pourquoi ce peuple messianique, bien qu'il ne comprenne pas encore effectivement l'universalité des hommes
et qu'il garde souvent les apparences d'un petit troupeau, constitue cependant pour tout l'ensemble du genre humain le germe le plus fort d'unité, d'espérance et de salut. Etabli par le Christ
pour communier à la vie, à la charité et à la vérité, il est entre ses mains l'instrument de la Rédemption de tous les hommes, au monde entier il est envoyé comme lumière du monde et sel de la
terre (cf. Mt 5,13-16).
Et tout comme l'Israël selon la chair cheminant dans le désert reçoit déjà le nom d'Eglise de Dieu (2 Esd 13,1 Nb 20,4 Dt 23,1 s.) ainsi le nouvel Israël qui s'avance dans le siècle présent
en quête de la cité future, celle-là permanente (cf. He 13,14), est appelé lui aussi: l'Eglise du Christ (cf. Mt 16,18): c'est le Christ, en effet, qui l'a acheté de son sang (cf. Ac 20,28),
empli de son Esprit et pourvu des moyens adaptés pour son unité visible et sociale. L'ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jésus auteur du salut, principe d'unité et de paix, Dieu les
a appelés, il en a fait l'Eglise, pour qu'elle soit, aux yeux de tous et de chacun, le sacrement visible de cette unité salutaire(1).Destinée à s'étendre à toutes les parties du monde, elle prend
place dans l'histoire humaine, bien qu'elle soit en même temps transcendante aux limites des peuples dans le temps et dans l'espace. Marchant à travers les tentations, les tribulations, l'Eglise
est soutenue par la vertu de la grâce de Dieu, à elle promise par le Seigneur pour que, du fait de son infirmité charnelle, elle ne défaille pas à la perfection de sa fidélité mais reste de son
Seigneur la digne Epouse, se renouvelant sans cesse sous l'action de l'Esprit-Saint jusqu'à ce que, par la croix, elle arrive à la lumière sans couchant.
Notes:
(1) Cf. S. Cyprien, Epist.69, 6: PL 3, 1142 B ; CSEL (Hartel) 3 B,p.774 : " inseparabile unitatis sacramentum".
Le caractère eschatologique de l'Eglise en marche et son union avec l'Eglise du ciel
48 L'Eglise, à laquelle nous sommes tous appelés dans le Christ et dans laquelle nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu,
n'aura sa consommation que dans la gloire céleste, lorsque viendra le temps où toutes choses sont renouvelées (Ac 3,1) et que, avec le genre humain, tout l'univers lui-même, intimement uni avec
l'homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection (cf. Ep 1,10 Col 1,20 2P 3,10-13).
Le Christ élevé de terre a tiré à lui tous les hommes (cf. Jn 12,32 grec) ; ressuscité des morts (cf. Rm 6,9), il a envoyé sur ses apôtres son Esprit de vie et par lui a constitué son
Corps, qui est l'Eglise, comme le sacrement universel du salut ; assis à la droite du Père, il exerce continuellement son action dans le monde pour conduire les hommes vers l'Eglise, se les unir
par elle plus étroitement et leur faire part de sa vie glorieuse en leur donnant pour nourriture son propre Corps et son Sang. La nouvelle condition promise et espérée a déjà reçu dans le
Christ son premier commencement ; l'envoi du Saint-Esprit lui a donné son élan et par lui elle se continue dans l'Eglise où la foi nous instruit même sur la signification de notre vie temporelle,
dès lors que nous menons à bonne fin, avec l'espérance des biens futurs, la tâche qui nous a été confiée par le Père dans le monde et que nous faisons ainsi notre salut (cf. Ph 2,12).
Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous 1Co 10,11. Le renouvellement du monde est irévocablmeent acquis et, en toute réalité, anticipé dès maintenant : en effet, déjà sur
la terre l'Eglise est parée d'une sainteté encore imparfaite mais véritable. Cependant jusqu'à l'heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite 2P 3,13
l'Eglise en pélerinage porte dans ses sacrements et ses institutions qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe ; elle vit elle même parmi les créatures qui gémissent présentement
encore dans les douleurs de l'enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu Rm 8,19-22.
Ainsi donc, unis au Christ dans l'Eglise et marqués de l'Esprit-Saint, "arrhes de notre héritage" (Ep 1,14), nous sommes appelés enfants de Dieu en toute vérité, et nous le sommes (cf. 1Jn
3,1) ; mais l'heure n'est pas encore venue où nous paraîtrons avec le Christ dans la gloire (cf. Col 3,4), devenus semblables à Dieu parce que nous le verrons tel qu'il est (cf. 1Jn 3,2). C'est
pourquoi, "tant que nous demeurons dans ce corps, nous sommes en exil loin du Seigneur" (2Co 5,6) ; possédant au-dedans de nous les prémices de l'Esprit, nous gémissons intérieurement (cf. Rm
8,23) et nous aspirons à être avec le Christ (cf. Ph 1,23). La même charité nous presse du désir de vivre davantage pour lui, qui est mort et ressuscité pour nous (cf. 2Co 5,15). Nous avons donc
à coeur de plaire au Seigneur en toutes choses (Cf. 2Co 5,9) et nous endossons l'armure de Dieu afin de pouvoir tenir contre les embûches du démon et lui résister au jour mauvais (cf. Ep
6,11-13). Ignorants du jour et de l'heure, il faut que, suivant l'avertissement du Seigneur, nous restions constamment vigilants pour mériter, quand s'achèvera le cours unique de notre vie
terrestre (cf. He 9,27), d'être admis avec lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu (cf. Mt 25,31-46) au lieu d'être, comme de mauvais et paresseux serviteurs (cf. Mt 25,7) écartés par
l'Ordre de Dieu vers le feu éternel (cf. Mt 25,41), vers ces ténèbres du dehors où "seront les pleurs et les grincements de dents" (Mt 22,13 cf. Mt 25,30). En effet, avant de régner avec le
Christ glorieux, tous nous devrons être mis à découvert "devant le tribunal du Christ, pour que chacun reçoive le salaire de ce qu'il aura fait pendant qu'il était dans son corps, soit en bien,
soit en mal" (2Co 5,10) ; et à la fin du monde "les hommes sortiront du tombeau, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de
condamnation " (Jn 5,29 cf. Mt 25,46). C'est pourquoi, estimant qu'il n'y a pas de proportion entre les peines du présent et la gloire qui doit se manifester en nous" (Rm 8,18 cf. Rm 2,11-12),
nous attendons, solides dans la foi, "la bienheureuse espérance et la manifestation glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus" (Tt 2,13) "qui transformera notre corps de misère en
un corps semblable à son corps de gloire" (Ph 3,21), et qui viendra "se faire glorifier dans ses saints et admirer en tous ceux qui auront cru" (2Th 1,10).
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