Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /Juil /2010 10:06

Dei Verbum 2-4


 Nature de la Révélation


   Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Ep 1,9) grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l'Esprit-Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine (cf. Ep 2,18 2P 1,4). Dans cette révélation le Dieu invisible (cf. Col 1,15; 1Tm 1,17) s'adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu'à ses amis (cf. Ex 33,11 Jn 15,14-15), il s'entretient avec eux (cf. Ba 3,38) pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie. Pareille économie de la Révélation comprend des événements et des paroles intimement unis entre eux, de sorte que les oeuvres, réalisées par Dieu dans l'histoire du salut, attestent et corroborent et la doctrine et le sens indiqués par les paroles, tandis que les paroles publient les oeuvres et éclairent le mystère qu'elles contiennent. La profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l'homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (2).

 Notes:

 (2) cf. Mt 11,27 Jn 1,14 1,17 14,6 17,1-3 2Co 3,16 4,6 Ep 1,3-14 



 Préparation de la Révélation évangélique


3    Dieu, qui crée (cf. Jn 1,3) et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur lui-même (cf. Rm 1,19-20); voulant de plus ouvrir la voie d'un salut supérieur, il se manifesta aussi lui-même, dès l'origine, à nos premiers parents. Après leur chute, par la promesse d'un rachat, il les releva dans l'espérance du salut (cf. Gn 3,15); il prit un soin constant du genre humain, pour donner la vie éternelle à tous ceux qui, par la fidélité dans le bien, recherchaient le salut (cf. Rm 2,6-7). A son heure il appela Abraham pour faire de lui un grand peuple (cf. Gn 12,2); après les patriarches, il forma ce peuple par l'intermédiaire de Moïse et par les prophètes, pour qu'il le reconnaisse comme le seul Dieu vivant et vrai, Père providence et juste juge, et qu'il attende le Sauveur promis, préparant ainsi au cours des siècles la voie à l'Evangile. 



 Le Christ plénitude personnelle de la Révélation

4    Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu "en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils" (He 1,1-2). Il a envoyé en effet son Fils, le Verbe éternel qui éclaire tous les hommes, pour qu'il demeurât parmi eux et leur fit connaître les secrets de Dieu (cf. Jn 1,1-18). Jésus-Christ donc, le Verbe fait chair, "homme envoyé aux hommes" (3), "prononce les paroles de Dieu" (Jn 3,34) et achève l'oeuvre de salut que le Père lui a donnée à faire (cf. Jn 14,9) - qui, par toute sa présence et par la manifestation qu'il fait de lui-même par paroles et oeuvres, par signes et miracles, et plus particulièrement par sa mort et par sa résurrection glorieuse d'entre les morts, par l'envoi enfin de l'Esprit de vérité, achève en la complétant la révélation, et la confirme encore en attestant divinement que Dieu lui-même est avec nous pour nous arracher aux ténèbres du péché et de la mort et nous ressusciter pour la vie éternelle.
   L'économie chrétienne, étant l'Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ (cf. 1Tm 6,14 cf. Tt 2,13).

 Notes:
 (3) Epît. à Diognète, 8, 4; Funk I, 403.


 

Sacrosanctum Concilium 5-6


L'oeuvre du salut accomplie par le Christ

   Dieu, qui "veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" 1Tm 2,4, "qui jadis, tant de fois et de tant de manières, avait parlé à nos pères par les prophètes" He 1,1 lorsque vint la plénitude des temps, envoya son Fils, le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour guérir les coeurs brisés(8), comme un "médecin charnel et spirituel(9)" le Médiateur de Dieu et des hommes(10). Car c'est son humanité, dans l'unité de la personne du Verbe, qui fut l'instrument de notre salut. C'est pourquoi dans le Christ "est apparue la parfaite rançon de notre réconciliation, et la plénitude du culte divin est entrée chez nous"(11).

   Cette oeuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu, à quoi avaient préludé les grandes oeuvres divines dans le peuple de l'Ancien Testament, le Christ Seigneur l'a accomplie principalement par le mystère pascal de sa bienheureuse passion, de sa résurrection du séjour des morts et de sa glorieuse ascension ; mystère pascal par lequel "en mourant il a détruit notre mort, et en ressuscitant il a restauré la vie"(12). Car c'est du côté du Christ endormi sur la croix qu'est né "l'admirable sacrement de l'Eglise tout entière"(13).

 (10) Cf. 1Tm 2,5. (11) Sacramentarium Veronense (Leonianum); Mohhlberg, Romae 1956, n.1265p.162 (12) Préface de Pâques (13) Oraison suivant la 2 leçon du Samedi Saint, dans le missel romain, avant la réforme de la Semaine Sainte




L'oeuvre du salut continué par l'Eglise se réalise dans la liturgie


6   C'est pourquoi, de même que le Christ fut envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses apôtres, remplis de l'Esprit- Saint, non seulement pour que, prêchant l'Evangile à toute créature(14), ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan(15) ainsi que de la mort, et nous a transférés dans le royaume de son Père, mais aussi afin qu'ils exercent cette oeuvre de salut qu'ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique. C'est ainsi que par le baptême les hommes sont greffés sur le mystère pascal du Christ : morts avec lui, ensevelis avec lui, ressuscités avec lui(16) ; ils reçoivent l'esprit d'adoption des fils "dans lequel nous crions : Abba, Père" Rm 8,15,  et ils deviennent ainsi ces vrais adorateurs que cherche le Père(17). Semblablement, chaque fois qu'ils mangent la Cène du Seigneur, ils annoncent sa mort jusqu'à ce qu'il vienne(18). C'est pourquoi le jour même de la Pentecôte où l'Eglise apparut au monde, "ceux qui accueillirent la parole" de Pierre "furent baptisés". "Et ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle dans la fraction du pain et aux prières ... louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple" Ac 2,41-47. Jamais, dans la suite, l'Eglise n'omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant "dans toutes les Ecritures ce qui le concernait" Lc 24,17, en célébrant l'Eucharistie dans laquelle "sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort"(19) et en rendant en même temps grâces "à Dieu pour son don ineffable" 2Co 9,15 dans le Christ Jésus "pour la louange de sa gloire" Ep 1,12 par la vertu de l'Esprit-Saint.

 (14) Cf. Mc 16,15. (15) Cf. Ac 26,18. (16) Cf. Rm 6,4 Ep 2,6 Col 3,1 2Tm 2,11. (17) Cf. Jn 4,23. (18) Cf. 1Co 11,26. (19) Conc. Trente, sess.13, 11 Oct. 1551, dec. De ss. Euchraris. c. 5 : Conc. Trente, Diariorum Actorum, Epistolarum, Tractatuum nova collectio, ed. Soc. Goerresiana, t. VII. Actorum pars IV, Friburgi Brisgaviae 1961, p. 202.


 

Gaudium et Spes 22



 Le Christ, homme nouveau

22  En réalité, le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir (20), le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. Il n'est donc pas surprenant que les vérités ci-dessus trouvent en lui leur source et atteignent en lui leur point culminant.

 "Image du Dieu invisible" (Col 1,15) (21), il est l'homme parfait qui a restauré dans la descendance d'Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu'en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée (22), par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d'homme, il a pensé avec une intelligence d'homme, il a agi avec une volonté d'homme (23), il a aimé avec un coeur d'homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l'un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (24).

 Agneau innocent, par son sang librement répandu, il nous a mérité la vie; et, en lui, Dieu nous a réconciliés avec lui-même et entre nous (25), nous arrachant à l'esclavage du diable et du péché. En sorte que chacun de nous peut dire avec l'Apôtre: le Fils de Dieu "m'a aimé et il s'est livré lui-même pour moi" (Ga 2,20). En souffrant pour nous, il ne nous a pas simplement donné l'exemple, afin que nous marchions sur ses pas (26), mais il a ouvert une route nouvelle: si nous la suivons, la vie et la mort deviennent saintes et acquièrent un sens nouveau.

 Devenu conforme à l'image du Fils, premier-né d'une multitude de frères (27), le chrétien reçoit "les prémices de l'Esprit" (Rm 8,23), qui le rendent capable d'accomplir la loi nouvelle de l'amour (28). Par cet Esprit, "gage de l'héritage" (Ep 1,14), c'est tout l'homme qui est intérieurement renouvelé, dans l'attente de "la Rédemption du corps" (Rm 8,23): "Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts demeure en vous, celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous (Rm 8,11) (29). Certes, pour un chrétien, c'est une nécessité et un devoir de combattre le mal au prix de nombreuses tribulations et de subir la mort. Mais, associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l'espérance, il va au-devant de la résurrection (30).

 Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le coeur desquels, invisiblement, agit la grâce(31). En effet, puisque le Christ est mort pour tous (32) et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit-Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal.

 Telle est la qualité et la grandeur du mystère de l'homme, ce mystère que la Révélation chrétienne fait briller aux yeux des croyants. C'est donc par le Christ et dans le Christ que s'éclaire l'énigme de la douleur et de la mort qui, hors de son Evangile, nous écrase. Le Christ est ressuscité; par sa mort, il a vaincu la mort, et il nous a abondamment donné la vie (33) pour que, devenus fils dans le Fils, nous clamions dans l'Esprit: Abba, Père !(34).

 Notes:
 (20) Cf. Rm 5,14 cf. Tertullien Tout ce que le limon (dont est formé Adam) exprimait, présageait l'homme qui devait venir, le Christ  PL. 2, 802 (848); CSEL, 47, p. 33, 1. 12-13.
 (21) cf. 2Co 4,4
 (22) cf. Conc. Const. II, can. 7: "sans que le Verbe soit transformé dans la nature de la chair, ni que la chair soit passée dans la nature du Verbe". cf. etiam Conc. Const. III: "car de même que sa chair toute sainte, immaculée et animée, n'a pas été supprimée par la divinisation, mais qu'elle est demeurée dans son état et dans sa manière d'être". cf. Conc. Chalc. "nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation": Ds 148 (302).
 (23) cf. Conc. Const. III: de même sa volonté humaine n'a pas été supprimée": Denz. 291, (DS 556).
 (24) Cf. He 4,15
 (25) cf. 2Co 5,18-19 Col 1,20-22
 (26) cf. 1P 2,21 Mt 16,24 Lc 14,27
 (27) cf. Rm 8,29 Col 1,18
 (28) cf. Rm 8,1-11
 (29) cf. 2Co 4,14
 (30) cf. Ph 3,10 Rm 8,17
 (31) cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, LG 16.
 (32) cf. Rm 8,32
 (33) cf. Liturgie pascale Byzantine
 (34) cf. Rm 8,15 Ga 4,6 cf. etiam Jn 1,12 cf. 1Jn 3,1-2


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