Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /Mars /2010 17:19
Athènes

Plan.jpg Dans les Actes des Apôtres, Luc rapporte que Paul, poursuivant seul son voyage en Grèce, arriva à Athènes en l'an 49. Athènes était une ville au passé illustre.

C'est Athènes qui avait pris la tête de la résistance grec­que aux armées d'invasion perses en 490 puis en 479 av. J.-C. Les célèbres temples de l'Acropole, détruits à l'époque par les Perses, avaient tous été reconstruits et dataient déjà de près de cinq siècles lorsque Paul entra dans la ville. La place d'honneur revenait au Parthénon, dédié à la déesse Athéna; il mesurait 69 m de long sur 31 de large. Les lignes verticales de ce célèbre temple dorique sont en fait légèrement incurvées pour donner un effet dit « d'entasis » qui évite l'impression d'affaissement. Athènes avait été la patrie des grands dramaturges Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane ainsi que des célèbres phi­losophes Platon et Aristote. C'était aussi une ville universitaire renommée.

L'idolâtrie qui régnait dans la ville affligea profondément l'apôtre Paul (Actes 17, 16). Un groupe de philosophes épicuriens et stoï­ciens entreprit de débattre avec lui et l'emmenèrent devant le célèbre conseil de l'Aréopage qui avait autrefois gouverné la ville. À l'époque de Paul, ce conseil ne se réunissait plus sur la colline de l'Aréopage qui se trouvait juste à l'ouest de l'Acro­pole et au sud de l'agora (la place du marché), mais au porti­que Royal, dans l'angle nord-ouest de l'agora, et son autorité se limitait désormais aux questions religieuses et morales.

Paul avait remarqué dans la ville un autel portant l'inscrip­tion : « À UN DIEU INCONNU » ; cette dédicace lui servit de thème au discours qu'il prononça devant le conseil de l'Aréo­page (Actes 17, 22-23). Il semble que ce choix ait été délibéré. Diogène Laërce, un auteur grec du IIIe siècle apr. J.-C., rapporte qu'une épidé­mie de peste commença à décimer la ville lors de la quarante-sixième Olympiade, soit entre 595 et 592 av. J.-C.3. Attribuant cette catastrophe à la colère d'un dieu inconnu, le poète crétois Épiménide (dont Paul cite les paroles en Actes 17, 28 : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être ») amena des moutons noirs et blancs sur l'Aréopage et les laissa s'égailler dans la nature. Il ordonna alors aux Athéniens de les suivre et de marquer l'endroit où se coucherait chacune des bêtes afin d'offrir en ce lieu précis un sacrifice à la divinité locale. On éri­gea alors des autels qui ne portaient pas de noms, sur lesquels on offrit des sacrifices et la peste cessa immédiatement : la ville fut épargnée.

Deux autres auteurs font également référence à « un dieu inconnu ». Pausanias, auteur de récits de voyages du IIe siècle, déclare qu'Athènes possédait « des autels des dieux que l'on appelle Dieux Inconnus», et Philostrate qui écrivit au début du IIIe siècle, dit : « et cela surtout à Athènes où sont consacrés des autels même aux dieux inconnus5 » ; dans les deux cas, le terme traduit par « inconnu » est le même que celui dont se sert Luc en Actes 17.23.

Paul, qui avait certainement l'Acropole à l'esprit, sinon devant les yeux, déclara : « Dieu, qui a créé l'univers et tout ce qui s'y trouve... n'habite pas dans des temples bâtis de mains d'hommes » (Actes 17, 24). En Actes 17, 34, Luc note que « quelques auditeurs se joignirent à lui [Paul] et devinrent croyants ». Ces quelques personnes incluaient Denys, un mem¬bre de l'Aréopage, mais il est clair que l'impact du passage de Paul à Athènes fut modeste et n'eut rien de spectaculaire.


Corinthe
Plan-corinthe.jpg Paul partit ensuite pour Corinthe où le rejoignirent « un Juif nommé Aquilas... avec sa femme Priscille » (Actes 18, 1-2).
La ville de Corinthe occupait une position stratégique sur l'isthme du Péloponnèse. Elle possédait deux ports : Cenchrées sur le golfe Saronique, à 14 km à l'est de la ville, et Léchée, sur le golfe de Corinthe, à 2,50 km à l'ouest de la ville. Une chaussée pavée, appelée le Diolkos, permettait de haler les bateaux pour leur faire traverser l'isthme. Corinthe était la capitale de la province romaine d'Achaïe (partie sud de la Grèce),  c'était aussi une colonie romaine et une ville portuaire cosmopolite, tristement célèbre pour son immotralité. Sa population était estimée à 250 000 personnes libres et 400000 esclaves. La ville était dominée par l'Acrocorin-the, un rocher abrupt de 556 m de haut, dont le sommet plat accueillait l'acropole.
Luc rapporte que Paul passa un an et demi à Corinthe, exerçant son métier de faiseur de tentes et enseignant la Parole de Dieu (Actes 18, 11). Il rencontra une opposition virulente de la part des qui le traînèrent devant Gallion, le proconsul romain d'Achaïe. Ce fait permet de dater exactement le séjour de Paul à Corinthe, car on a retrouvé à Delphes, dans le centre de la Grèce, une inscription qui fait mention de Gallion, le procon­sul d'Achaïe.

Né à Cordoue en Espagne, Lucius Junius Annaeus Gallion était le frère du philosophe Sénèque. L'inscription découverte à Delphes figurait en fait sur les quatre fragments d'une pierre brisée, mais la comparaison avec d'autres inscriptions, qui reprennent toutes le même style conventionnel a permis de la restaurer en grande partie. Elle reproduit une lettre de six lignes dans laquelle l'empereur Claude parle de Gallion comme de son « ami et proconsul (de l'Achaïe) ». Gallion obtint le proconsulat d'Achaïe au cours de la vingt-sixième élection par acclamation de Claude comme empereur. Or, une inscription figurant sur la porta Maggiore à Rome nous apprend que la vingt-septième acclamation eut lieu le 1er août 52. La vingt-sixième acclamation correspond donc aux sept premiers mois de l'an 52. Comme on sait que les proconsuls prenaient leur charge le 1er juillet, le proconsulat de Gallion commença le 1er juillet 51. Cette information permet donc de situer avec précision, dans la chronologie des Actes des Apôtres, tant le second voyage de Paul que les deux lettres envoyées à l'Église de Thessalonique, puisque l'apôtre les écrivit pendant son séjour à Corinthe.

Sur l'agora, on peut encore voir le tribunal devant lequel Paul comparut très vraisemblablement (Actes 18, 12); l'ins­cription qu'il porte date du IIe siècle. Ont également subsisté l'odéon (lieu de concert à ciel ouvert) ainsi que de nombreuses boutiques. Sur un linteau de pierre retrouvé sur la route de Léchée à Corinthe, on peut lire, écrit en grec : « Synagogue des Hébreux ». L'écriture donne à penser que l'inscription est postérieure à l'époque de Paul, mais peut-être se trouve-t-elle sur le site de la synagogue que fréquenta Paul (Actes 18, 4. 7).Après être resté à Corinthe pendant un an et demi, Paul prit la mer pour se rendre à Éphèse, dans l'actuelle Turquie (Actes 18, 19).



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